samedi, 19 septembre 2015

Immigration et responsabilité

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L’Europe subit une immigration qui défie l’imagination par son nombre. Même l’Allemagne est dépassée, pourtant elle a besoin de 500'000 personnes de plus pour faire tourner son industrie.

L’UE n’arrive pas à se mettre d’accord sur des quotas, certains pays refusent les réfugiés, les accords de Dublin et de Schengen sont morts dans les faits et il faut  redéfinir la politique de l’asile en laissant aux pays leurs droits légitimes face à une immigration incontrôlée ; les accords signés par la Suisse sont valables pour tous les autres signataires ou pour personne !

Quand je vois tous ces malheureux, je suis profondément touché. Cependant je n’ai pas été élu député pour raconter mes états d’âme, mais » pour faire servir  nos travaux au bien de la patrie qui nous a confié ses destinées », exhortation qui engage chaque député,e, faut-il le rappeler. Je me dois de réfléchir calmement, sans me laisser submerger par les sentiments, aux conséquences de mes décisions pour le futur de la Suisse. Et cette réflexion m’engage à la plus grande prudence.

C’est par tradition humanitaire que Genève se doit d’accueillir les vrais réfugiés en danger dans leur pays et rappelons que le droit d’asile est le privilège du protecteur et non du protégé (voir TG, ancien sous-secrétaire général des Nations-Unies). Or la majorité des migrants est de nature économique, ils veulent tous aller dans les pays prospères et pas en France ! Impossible de les recevoir, car c’est par millions que des personnes désirent changer de pays et  c’est le droit des nations  de les accepter ou de les refuser, sans parler des coûts énormes engendrés.

L’exemple de la France, qui a raté son intégration des étrangers, devrait nous inspirer : des ghettos, un millier de zones de non-droit, parce que la formation et l’éducation sont dépassées par l’immensité de la tâche. Est-ce cela que nous voulons pour notre pays et ceux qu’il nous faut impérativement intégrer pour assurer leur futur ?

Ouvrir nos portes par compassion à un grand nombre de réfugiés du travail, c’est aussi un formidable appel d’air pour tous ceux qui se trouvent bloqués à d’autres frontières.

Beaucoup de ces demandeurs sont des gens bien formés de la classe aisée. En les recevant, nous siphonnons une élite qui manquera cruellement dans des pays à reconstruire. Nous ne sommes pas des bienfaiteurs en agissant ainsi, mais des néocolonialistes.

Face à ceux qui veulent une large immigration sans fin, ah les braves gens !, et qui me traite de père et grand-père insensible, je rappelle que ce sont 30'000 enfants (trente mille !) qui meurent chaque jour de mauvais soins, de malnutrition, de maladies, et je n’entends pas pour ces pauvres innocents s’élever beaucoup de cris d’indignation dans la classe politique. Il est vrai que ce n’est pas très porteur en cette période électorale…

Je refuse la dérive qui veut faire des citoyens suisses les responsables de toutes les misères du monde, cette extension de la notion de culpabilité qui ronge insidieusement l’estime de nous-même et déstabilise la base des liens qui nous unissent. La Suisse n’a pas semé la guerre en Irak, en Libye, en Syrie ! Que ceux qui ont mis le feu aux poudres, les Etats-Unis et sa coalition, s’attellent au problème en envoyant des troupes au sol !

Il n y a aucune raison pour que notre Conseil fédéral accepte seul des conditions imposées par l’UE. Rappelons que nous sommes un peuple souverain, que s’engager en politique c’est d’abord pour défendre les institutions qui nous régissent, avec une démocratie unique au monde, que cette démocratie ne peut exister sans souveraineté, dont une des composantes principales est l’existence de frontières...

Je dis oui à l’asile pour des vrais réfugiés en danger, non aux migrants économiques, on ne mène pas un pays avec des émotions.

« On gouverne les hommes avec la tête. On ne joue pas aux échecs avec un bon cœur ».La Bruyère.

Désolé d’avoir été un peu long, mais parfois il faut que ça sorte !

 

 

Commentaires

Je réponds à votre article en vous sentant tout à fait sincère. Comme vous, je veux être sincère. Je ne crois pas qu'une solution à la situation actuelle est d'envoyer des troupes nulle part - et surtout pas des troupes des Etats-Unis ! L'ouverture des frontières avec les accords du Schengen est un idéal que je soutiens personnellement. Etant étrangère avec un mari suisse et des enfants parfaitement intégrés, bilingues, j'ai confiance dans les capacités de la Suisse d'"absorber" beaucoup de nouveaux arrivés (les vieux, comme moi, garderont tant pis leurs accents mais pas leurs enfants!) Enseignant à la retraite du Cycle et du Collège genevois, je ne peux pas compter tous les élèves de tant de pays qui j'ai vu apprendre et maîtriser les mœurs ici, comme j'ai du faire. Ils sont maintenant médecins, avocat(e)s, travailleurs sociaux - ils contribuent à la vie ici avec une grande reconnaissance du parcours qui leur a été permis. Les ghettos de France n'ont rien avec la planification politique de mélange de personnes différentes poursuivie en Suisse. Je n'ai absolument pas peur pour la Suisse - au contraire, je me réjouis de ses capacités de répondre - certainement avec circonspection et du calme - c'est la nature même de nos institutions - à ce défi nouveau. Je me demande quelles sont vos sources pour affirmer que la majorité des réfugiés de Syrie, d'Erythrée et d'Iraq sont des "migrants économiques" ?

Écrit par : Carol Scheller | dimanche, 20 septembre 2015

Je ne sais si notre gouvernement travail du chapeau, mais je sais d'expérience que le législatif est largué et s'amuse à croiser le fer sur des bases idéologiques sans jamais faire un travail digne de ce nom en commissions.
En tout cas c'est mon expérience avec la Commission des Transports, qui vient de passer trois ans pour pondre un texte obsolète et déconnecté des réalités qui a obtenu l'aval des deux tiers du parlement pour être révoqué un an plus tard sans avoir jamais été mis en application.
M. Levrat, savez-vous ce que ça veut dire pour les professionnels qui subissent les lumières de nos élus tous les 6 ans ?
J'aimerais bien vous le dire en face !

Écrit par : Pierre Jenni | dimanche, 20 septembre 2015

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